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Mahmoud Boudarène : « Le camps de regroupements coloniaux sont toujours là »

Durant la guerre de libération nationale, les autorités coloniales françaises ont crée près de 2000 centres de regroupement où ont été déplacés 1,5 à 2,5 millions de personnes, chassées de leur villages et douar, soit 15 à 25% de la population totale, indique l’ancien député Mahmoud Boudarène dans une étude sur le sujet publiée par le journal Liberté.

« Les habitants ont été ainsi forcés à l’exil et à l’abandon de leur terre et de leur travail. Les villages et douar abandonnés ont été détruits ont déclarés zones interdites, et nombreux sont les Algériens qui n’ont pas retrouvé leur domicile au lendemain de l’Indépendance », écrit-il.

Ces camps ont été crées au milieu des années cinquante, explique M. Boudarène, pour extraire la population à l’influence du Front de libération nationale (FLN) et pour l’empêcher de servir de soutien à l’Armée de libération nationale (ALN) dans son combat pour le recouvrement de la souveraineté.

La généralisation de ces centres de regroupement à tout le territoire algérien a été l’œuvre du tristement célèbre général Raoul Salan, un ancien d’Indochine, commandant des forces armées coloniales en Algérie et un des partisans les plus acharnés de « l’Algérie française ». « Il trouvera un émule en la personne de Maurice Papon, également bien connu des Algériens, pour appliquer scrupuleusement cette stratégie dans la région de Constantine. Pour avoir bien accompli la besogne, ce dernier a été promu préfet de police de Paris », note l’ancien député. « Privées de leurs biens, les populations déplacées ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins. Elles étaient, pour se nourrir, à la merci du ravitaillement distribué par l’armée coloniale. Leur alimentation était insuffisante et des carences étaient vite apparues. La malnutrition, associée à des conditions sanitaires déplorables, avait entrainé une aggravation de la mortalité, infantile notamment », décrit M. Boudarène dans son étude.

Pour lui, les camps de regroupement de l’armée coloniale française sont « un épisode tragique de la guerre de libération nationale et de l’histoire de notre pays. L’autorité d’occupation, dans sa détermination à lutter contre la subversion du FLN, a déporté des centaines de milliers de personnes auxquelles un traitement inhumain a été infligé ».

Par ailleurs, l’auteur de cette étude déplore la présence de ces camps dans le décor urbain, cinquante ans après l’indépendance. « Un demi-siècle après avoir recouvré notre liberté, aux pris du sang de nos martyrs, ils (les camps) sont toujours là et des familles nombreuses y vivent à ce jour », constate-t-il.

Dans la seule wilaya de Tizi Ouzou, note-t-il, 54 « cités » de ce type existent encore où résident 2200 familles en attendant d’être relogées. M. Boudarène s’est dit « particulièrement choqué » par ce qu’il a vu durant la visite qu’il a effectuée, en tant que député, à un ancien camp de regroupement de l’APC de M’kira.

Il relève l’absence de plans d’aménagement de ces « cités » qui sont pourtant nécessaire dans le but d’améliorer le quotidien des habitants en attendant leur recasement qui leur a été promis dans le cadre du programme de résorption de l’habitat précaire (RHP).

Il déplore également le fait que les populations chassées de leurs villages pour être parquées dans les centres de regroupement, ne bénéficient pas, après l’indépendance, du statut de victime de la guerre de libération nationale.

« Ces camps auraient dû prioritairement être éradiqués et les personnes qui en ont été victimes restaurées dans leur dignité. Cela n’a pas été fait et c’est un grand dommage qui a été causé à la grandeur de la Révolution de Novembre 1954 et à la fierté du peuple algérien », soutient M. Boudarène.