
Pour le sociologue Lahouari Addi, les cinquante dernières années de l’indépendance de l’Algérie ont permis l’émergence d’une nouvelle société plus urbaine que rurale.
"En 50 ans, le pays a beaucoup changé. En 1962, l’Algérie était un pays rural, avec quelques dizaines de milliers de citadins. Aujourd’hui, c’est un pays où la majorité de la population-près de 70% - vit dans les villes de plus de 100 000 habitants. L’Algérie coloniale était rurale et l’Algérie postcoloniale est urbaine. De mon point de vue, c’est une nouvelle société qui est née", déclare M. Addi dans un entretien au quotidien Liberté.
A l’indépendance, M. Addi avait 13 ans. Il était né et grandi dans le quartier populaire d’El-Hamri à Oran. Reprenant ses souvenirs sur la journée du 5 juillet 1962, il déclare : "Nous étions pressés d’aller au centre-ville, à la rue d’Arzew-aujourd’hui rue Larbi Ben M’hidi - et la place des Victoires qui, depuis 1960, étaient interdites aux Algériens. Beaucoup d’Algériens avaient été lynchés, par des foules de pieds-noirs hystériques, à l’époque où l’OAS semait la mort dans la ville. Par conséquent, le jour de la victoire, les Algériens voulaient aller au centre-ville qui leur était interdit".
Le moment était à la fête : " Des milliers de personnes, hommes, femmes, enfants, des quartiers populeux convergeaient vers le centre-ville. Il n’y avait pas de colère, mais de la joie débonnaire. Les adultes avaient des drapeaux et certains enfants portaient des casquettes aux couleurs nationales. La joie se lisait sur tous les visages (…) Nous chantions, nous dansions, nous faisions du bruit ", raconte-t-il.
Mais un incident grave se produisit : à la place de la Cathédrale, en plein quartier européen, un jeune homme est monté sur la statue en bronze de Jeanne d’Arc et a placé le drapeau national à sa main.
D’autres adolescents l’ont rejoint sur la statue. Un coup de feu éclate et l’un deux est tombé. Il venait d’être abattu par un pied-noir qui ne supportait pas cette scène.
"Le coup était parti du deuxième étage d’un immeuble en face. Une foule déchaînée a envahi l’immeuble, donnant le signal d’un massacre, qui reste comme une tache noire dans l’histoire de la ville d’Oran", témoigne M. Addi.
Il y eut officiellement 300 morts, mais peut-être plus. Il a fallu l’intervention énergique de l’ALN, dirigée par le capitaine Nemiche Bakhti, pour arrêter les tueries, indique-t-il.