
Le 1er novembre 1954, date du déclenchement de la guerre de libération nationale, qui avait sonné le glas sur le mythe de "l’Algérie française", demeure une date à forte charge symbolique pour les Algériens, qui célèbrent son 58e anniversaire coïncidant cette année avec les festivités du cinquantenaire de l’indépendance.
58 ans après, la Déclaration du 1er novembre 1954, premier document officiel annonçant la naissance du Front de libération nationale (FLN) et de la résurrection d’une nation jalouse de sa liberté, demeure toujours d’actualité de par la vision de ses rédacteurs qui avaient jeté les premiers jalons d’un Etat algérien indépendant.
Cette déclaration montre, de façon explicite, la volonté des Algériens de casser le joug du colonialisme, par les armes, pour arracher leur liberté.
Mohamed Mechati, membre du groupe des 22, a affirmé que le déclenchement de la guerre de libération était le thème "principal et unique" retenu "à l’unanimité" lors de la réunion historique du groupe des 22 en juin 1954 à Alger.
Les participants à cette réunion, a-t-il expliqué, ont accepté "à l’unanimité et avec enthousiasme" le passage à la lutte armée, parce qu’ils étaient convaincus que c’était le seul moyen de se libérer du joug colonial.
Mechati, qui est un des cinq membres encore en vie ayant pris part à cette réunion aux côtés de Belouizdad Othmane (frère de Mohamed), Zoubir Bouadjadj, Ammar Ben Ouda et Abdelkader Lamoudi, a évoqué la constitution d’un petit noyau de cinq personnes (Mohamed Boudiaf, Didouche Mourad, Larbi Ben M’hidi, Mostefa Benboulaid et Rabah Bitat) chargé des derniers préparatifs de la révolution, et dont les membres ont tenu, avec Krim Belkacem, à la fin octobre à Alger, une autre réunion qui fut couronnée par la décision de déclencher la révolution le 1er novembre et la désignation de la majorité des responsables des différentes régions du pays.

Le début de l’action armée remonte, se rappelle-t-il, à 1947, date où le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) a décidé de créer une organisation spéciale paramilitaire (OS), sur une décision du congrès du parti.
"Nous étions une nouvelle génération impatiente de passer à l’action et déterminée à lutter malgré tout, à la faveur d’une action où se mêlait désespoir et défi", a-t-il résumé la volonté qui motivait les militants pour passer à la lutte armée et arracher l’indépendance après avoir constaté l’inefficacité de l’action politique.
Pour sa part, Ahmed (Ali) Mahsas a affirmé, pour sa part, que la date du déclenchement de la lutte armée était "minutieusement préparée" et constituait "un pas grandiose" accompli par le peuple algérien pour le recouvrement de la liberté spoliée et la concrétisation de l’indépendance.
Mahsas, militant de première heure, a relevé qu’en dépit de la "conjoncture difficile" qui prévalait avant le déclenchement de la guerre de libération, les militants du mouvement national ont réussi, "grâce à leur degré de conscience", à franchir "un pas grandiose" qui a eu "le mérite de préparer la voie à l’avènement de l’indépendance".
Pour Mahsas, la répression et les souffrances subies au quotidien ont poussé le peuple algérien à accueillir la lutte armée "avec une joie immense".
La révolution algérienne, a-t-il poursuivi, s’est distinguée des autres révolutions par ses principes. "Car chaque révolution a ses principes propres, notamment les révolutions communistes qui étaient en vogue en ce temps-là", a-t-il dit.
Il a expliqué, par ailleurs, que la révolution "se caractérisait par la rapidité dans le mouvement contrecarrant les tentatives de la France d’empêcher la propagande du Front de libération nationale qui a insufflé au peuple algérien le sentiment d’être un djaïnisme et non pas un militaire", précisant que "tout le peuple algérien était mobilisé pour la révolution". Aussi, a-t-il dit, les moudjahidine tombés au champs d’honneur étaient-ils remplacés "sur le champs" par des enfants du peuple.

Le regretté Rabah Bitat, membre du groupe des 22 et l’un des six chefs historiques (Krim Belkacem, Mohamed Boudiaf, Larbi Ben M’hidi, Mostefa Benboulaid, Didouche Mourad), avait affirmé en 1997, dans l’un de ses rares entretiens, que "le 1er novembre est devenu une date historique pour l’Algérie (à), parce qu’elle marque le déclenchement de la lutte armée, mais aussi pour le colonialisme français, touché dans ce qu’il considérait comme une partie intégrante de la France, pour de nombreux peuples épris de liberté et enfin pour la valeur d’exemple que cette date symbolisera désormais".
Mohamed Boudiaf, coordinateur du groupe des Six, avait affirmé, dans un document écrit dans son lieu de captivité à Truquant (France), le 22 août 1961, qu’en novembre 1954, "toutes les conditions, malgré la confusion de façade qui régnait alors, étaient réunis".
Pour Boudiaf, à la différence d’autres révolutions, la révolution algérienne "est née à un moment crucial qui lui confèrera son caractère particulier d’autonomie et son indépendance de toutes les tendances politiques l’ayant précédée".